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TOILLETTES DE BISTROT Laurent Baffie
LB : Allô, la brasserie ?
LE PATRON :
Oui, vous êtes bien à la brasserie, j'écoute.
LB :
Vous pouvez me passer le patron s'il vous plaît ?
LE PATRON :C'est lui-même, monsieur, c'est pour quoi ?
LB :Bonjour, c'est monsieur Moignon à l'appareil, on s'est vu à midi, vous vous souvenez peut-être, c'est moi qui ai pris un hareng pommes à l'huile, un plat du jour et une crème caramel.
LE PATRON :Oui, peut-être, je m'excuse, mais vous savez, je n'ai pas en tête les commandes de tous, mes clients.
LB :Oui, j'imagine bien, mais moi, je suis le monsieur brun qui travaille juste en face, et je déjeune deux à trois fois par semaine chez vous depuis deux ans déjà !
J'ai souvent un costume gris avec une cravate verte.
LE PATRON :Ah oui, peut-être... Je crois que je vous remets maintenant. Et vous n'avez pas une petite moustache aussi ?
LB :Oui, voilà, c'est ça !
LE PATRON :Ah oui ! je vous remets maintenant, et est-ce que je peux faire quelque chose pour vous, monsieur ? Vous avez oublié quelque chose tout à l'heure ?
LB :Non, c'est vous qui avez oublié quelque chose, monsieur.
LE PATRON :Ah bon, et on a oublié quoi ? On n'a pas oublié de vous faire payer, j'espère ?
LB :Ah non ! ça... y a pas de danger chez vous !
LE PATRON :Alors, on a oublié quoi, monsieur ? Dépêchez-vous parceque je ne peux quand même pas rester trois heures au téléphone. Je vous écoute, quel est le problème ?
LB :Le problème, monsieur, c'est que je vous appelle sur téléphone protable ! Je suis dans les toilettes de votre bistrot ! Y a plus de papier ! J'ai la merde au cul, le voilà le problème !
LE PATRON :Quoi ?! Vous êtes dans les toilettes en bas ? Et pourquoi vous ne montez pas au lieu de nous téléphoner ?
LB :Parce que je ne peux pas, figurez-vous ! D'ailleurs, ça fait plus d'une heure maintenant. Et moi qui pensais que votre établissement était bien tenu...
LE PATRON :Si ce n'est que ça, monsieur, on va vous en faire porter tout de suite. (A sa serveuse) Martine, descendez aux toilettes des hommes et donnez un rouleau de papier au monsieur qui est dedans.
LB : Attendez ! Ce n'est pas si simple : en me bloquant ici, vous m'avez fait rater un rendez-vous professionnel très important, j'ai donc appelé mon avocat, et il m'a conseillé de vous attaquer et de vous réclamer 150 000 F de dommages et intérêts.
LE PATRON : Quoi ?! Quinze briques pour un rouleau de papier toilette ?! Non !?! Mais vous rigolez, j'espère !
LB :Pas du tout ! Je devais signer un gros contrat à 15 heures ! Vous me l'avez fait louper ! Mais je ne vais sûrement pas m'asseoir sur ma commission sous prétexte que je n'ai pas de quoi conclure une autre grosse commission !
LE PATRON :Non, mais c'est n'importe quoi votre histoire ! Vous délirez, là !
LB :C'est ça ! Je délire... N'empêche qu'après le procès, c'est vous qui serez au bout du rouleau ! Ça vous apprendra à tenir votre bistrot pourrave !
LE PATRON :Ah ! Parce qu'en plus mon bistrot est pourrave !?! Mais dis donc, t'as pas peur, tu aimes vivre dangereusement, toi !
LB :Ça, c'est sûr, pour oser bouffer dans des restos aussi dégueulasses, il faut aimer le danger !
LE PATRON :Ah ! Parce qu'en plus, c'est dégueulasse chez moi !?!Attends, bouge pas, j'arrive ! Je descends et je vais te torcher, moi, t'inquiète pas ! (il raccroche)

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